Il y a trois ans, certains commentateurs enterraient le fonds euros. Trop faible, trop lourd, trop rigide face aux livrets et aux marchés. En septembre 2026, le tableau a radicalement changé. Avec un Livret A remonté à 1,7 % depuis le 1er août — mais un fonds euros désormais attendu autour de 2,9 % en moyenne pour l’exercice 2026 —, l’écart entre épargne réglementée et assurance-vie n’a jamais été aussi lisible depuis des années. Ce n’est pas un détail : c’est une fenêtre d’arbitrage que la clientèle patrimoniale aurait tort d’ignorer.
Pourquoi le fonds euros reprend la main
Le Livret A recule, le fonds euros avance
Depuis le 1er août 2026, le taux du Livret A est remonté à 1,7 %, après un passage à 1,5 % au 1er février. En apparence, c’est une bonne nouvelle pour l’épargnant. En réalité, ce petit rebond masque une réalité plus structurelle : le rendement moyen du Livret A sur l’ensemble de l’année 2026 ressort à seulement 1,60 %, nettement inférieur à son niveau de 2025 (2,16 %). À l’inverse, le rendement moyen des fonds en euros de l’assurance-vie a atteint 2,63 % au titre de 2025 — un niveau identique à 2024, selon l’ACPR — et les experts anticipent une progression vers 2,9 % pour 2026, portée par la concurrence acharnée entre assureurs et la revalorisation progressive des portefeuilles obligataires.
Concrètement, l’écart de rendement brut entre fonds euros et Livret A s’établit aujourd’hui autour de 100 à 130 points de base selon les contrats. Certes, le fonds euros supporte 17,2 % de prélèvements sociaux sur les intérêts — les gains de l’assurance-vie ayant été exclus de la hausse des PS introduite par la LFSS 2026 pour les autres revenus du capital. Un fonds euros à 2,80 % brut ressort donc à environ 2,32 % net de prélèvements sociaux. Le Livret A à 1,7 %, lui, est net de tout prélèvement. Mais l’avantage net du fonds euros reste réel dès lors que le contrat dépasse 2,06 % brut — seuil que la quasi-totalité des bons contrats franchit aujourd’hui largement.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital sur les unités de compte.
La PPB : une réserve silencieuse qui joue en votre faveur
Le rendement annoncé par un assureur n’est pas toute l’histoire. Derrière le taux servi se cache la provision pour participation aux bénéfices (PPB), cette réserve constituée par les assureurs dans les années de vaches grasses pour lisser les performances dans le temps. Les sommes placées en PPB appartiennent collectivement aux assurés et doivent être redistribuées dans un délai maximal de huit ans. En 2026, plusieurs assureurs commencent à ponctionner ces réserves pour financer des taux bonifiés — une stratégie qui profite directement aux souscripteurs déjà en contrat.
Cela signifie qu’un épargnant qui reste dans son contrat, ou qui y verse aujourd’hui, peut bénéficier indirectement de l’effort de distribution de la PPB, sans que cela se reflète encore pleinement dans le taux de marché. C’est un argument souvent sous-estimé dans le choix entre sortie et maintien du contrat.
Le plafond du Livret A : un plafond, justement
L’autre limite du Livret A est structurelle : son plafond de dépôt est fixé à 22 950 € (hors intérêts capitalisés). Pour une clientèle patrimoniale disposant de liquidités significatives, ce plafond est atteint depuis longtemps. L’assurance-vie, elle, ne connaît aucun plafond de versement. Un dirigeant qui perçoit une prime exceptionnelle, un chef d’entreprise qui cède une filiale, un cadre supérieur qui liquide un PEL arrivé à terme : tous doivent trouver une destination pour des montants que le Livret A ne peut plus absorber.
Ce que ça change concrètement pour votre stratégie
Trois profils, trois lectures
Profil 1 — Le cadre dirigeant, 47 ans, contrat ouvert il y a 9 ans
Son contrat dépasse les 8 ans de détention. Ses rachats bénéficient de l’abattement annuel de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple marié/pacsé), puis sont taxés à 7,5 % d’IR si ses versements nets n’excèdent pas 150 000 €, augmentés de 17,2 % de PS. Son taux global effectif après abattement peut descendre très en dessous des 30 % du PFU standard. À ce stade, réallouer une partie de son épargne bancaire vers son contrat — ou effectuer des versements complémentaires — lui permet de faire fructifier son capital dans une enveloppe fiscalement protégée, tout en maintenant une poche en fonds euros à capital garanti.
Profil 2 — Le TNS médecin, 55 ans, contrat ouvert il y a 3 ans
Son contrat n’a pas encore atteint 8 ans. En cas de rachat, ses gains seront taxés au PFU standard : 12,8 % d’IR + 17,2 % de PS = 30 % flat. Dans ce cas, la logique n’est pas de racheter, mais de laisser courir et de verser pour continuer à faire « tourner l’horloge fiscale ». Chaque versement aujourd’hui rapproche son contrat de la frontière des 8 ans, où l’abattement et le taux réduit s’appliquent. Le rendement du fonds euros lui offre une base sécurisée pendant cette période de maturation.
Profil 3 — L’investisseur patrimonial, 63 ans, contrat de 15 ans avec 400 000 € de versements
Ses versements dépassent le seuil de 150 000 €. Au-delà de ce montant, le taux d’IR applicable aux rachats après 8 ans est de 12,8 % (et non plus 7,5 %), auquel s’ajoutent les 17,2 % de PS — soit 29,95 % au total, très proche du PFU. Dans ce contexte, la stratégie n’est pas nécessairement fiscale : elle est patrimoniale et successorale. Le fonds euros lui offre une protection du capital, et la structure hors succession de l’assurance-vie — avec des abattements de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans — reste un avantage considérable que nul autre placement ne réplique.
Le bon arbitrage interne : fonds euros ou unités de compte ?
La remontée du fonds euros ne signifie pas qu’il faille y concentrer 100 % de ses avoirs. La répartition moyenne des encours d’assurance-vie en France fin mai 2026 s’établissait à 62 % en fonds euros et 38 % en unités de compte, un léger recul des UC par rapport à décembre 2025. Ce mouvement de reflux vers la sécurité est compréhensible dans un contexte de marchés actions en dents de scie, mais il comporte un risque inverse : celui de l’érosion réelle du capital par l’inflation si l’allocation reste trop défensive sur longue durée.
Pour une clientèle patrimoniale à horizon 10-15 ans, une allocation mixte — avec un socle de fonds euros pour la liquidité et la sécurité, complété par des unités de compte diversifiées (obligations, immobilier via des SCPI en assurance-vie, private equity sélectif) — reste la configuration la plus cohérente. L’arbitrage interne entre fonds euros et UC est fiscalement neutre dans le contrat : aucune imposition n’est due tant qu’il n’y a pas de rachat. C’est l’un des atouts les plus sous-utilisés de l’enveloppe.
La fiscalité de l’assurance-vie en 2026 : un régime préservé
C’est un point que la clientèle ne mesure pas toujours : l’assurance-vie a été explicitement exclue de la hausse des prélèvements sociaux introduite par la LFSS 2026. Alors que les plus-values sur CTO, dividendes ou plus-values du PER supportent désormais 18,6 % de PS (soit un PFU de 31,4 %), l’assurance-vie reste soumise aux anciens taux :
- Avant 8 ans : PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS)
- Après 8 ans et sous 150 000 € de versements : 7,5 % IR + 17,2 % PS (avec abattement annuel de 4 600 € / 9 200 €)
- Après 8 ans et au-delà de 150 000 € de versements : 12,8 % IR + 17,2 % PS
Ce traitement de faveur — maintien des PS à 17,2 % quand les autres enveloppes voient la note monter à 18,6 % — renforce mécaniquement l’avantage comparatif de l’assurance-vie pour les rachats. L’écart peut sembler faible (1,4 point), mais sur des encours significatifs et des gains importants, il se traduit par des centaines ou milliers d’euros d’économie.
L’angle transmission : un avantage que le fonds euros ne doit pas faire oublier
Le fonds euros retrouve de l’éclat en 2026, et c’est une bonne nouvelle pour l’allocation de court terme. Mais la valeur profonde de l’assurance-vie reste sa dimension successorale : les capitaux transmis au décès, pour les versements réalisés avant 70 ans, bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, hors droit commun de succession. Pour un souscripteur qui a désigné deux enfants bénéficiaires, c’est jusqu’à 305 000 € qui peuvent être transmis sans aucun droit, quel que soit par ailleurs le fonds (euros ou UC) dans lequel le capital est investi.
Cet avantage est indépendant de la performance du contrat. Il justifie à lui seul le maintien d’un contrat ouvert, même dans des phases de rendements bas. Et il rend d’autant plus stratégique la décision des versements avant 70 ans — puisque les primes versées après cet âge relèvent d’un régime différent, nettement moins favorable (article 757 B du CGI : abattement global de 30 500 € toutes primes et bénéficiaires confondus).
Pour les souscripteurs qui approchent de leurs 70 ans, septembre 2026 est donc une date charnière. Effectuer des versements significatifs avant cet anniversaire, c’est sécuriser définitivement le bénéfice de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur ces sommes.
Point de vigilance : les arbitrages intra-contrat (entre fonds euros et UC) ne génèrent pas d’imposition. En revanche, tout rachat partiel ou total déclenche la fiscalité applicable selon l’ancienneté du contrat et le montant des versements. Chaque situation est différente : ne prenez aucune décision sans analyse personnalisée.
Notre lecture
Le retour en force du fonds euros en septembre 2026 n’est pas une mode : c’est la conséquence mécanique d’un environnement de taux qui a profondément transformé les portefeuilles obligataires des assureurs depuis 2022. Les obligations souscrites à des niveaux élevés commencent à irriguer les taux servis, avec un effet de levier progressif qui devrait se prolonger en 2027.
Mais l’assurance-vie n’est pas une décision de rendement. C’est une décision de stratégie patrimoniale globale : fiscalité des rachats, protection du capital, transmission hors succession, flexibilité d’allocation entre fonds euros et unités de compte. Ces quatre dimensions s’apprécient ensemble, dans le contexte propre à chaque client.
Chez Entasis Conseil, nous analysons votre contrat existant avant de vous recommander quoi que ce soit : taux de frais, potentiel de revalorisation de la PPB, horizon de maturité fiscale (8 ans), situation matrimoniale et clause bénéficiaire. Si vous n’avez pas encore d’assurance-vie, ou si votre contrat date de plus de dix ans sans avoir été révisé, c’est probablement le bon moment pour en discuter.
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Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de la réglementation MIF II. Les performances citées sont des données de marché à titre indicatif ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, y compris de perte en capital.