PER & Retraite

PER et report à 5 ans : comment mobiliser jusqu'à 6 années de plafonds avant vos 70 ans

Votre avis d’imposition mentionne chaque année un « Plafond épargne retraite » que vous n’utilisez peut-être qu’en partie — voire pas du tout. Depuis le 1er janvier 2026, la loi de finances a changé deux règles fondamentales du Plan d’Épargne Retraite : elle étend ce report de 3 à 5 ans, et elle supprime toute déductibilité des versements réalisés après votre 70e anniversaire. Pour les cadres, dirigeants et professions libérales entre 55 et 69 ans, la combinaison de ces deux mesures crée une fenêtre d’optimisation fiscale inédite — à condition de l’anticiper maintenant.

Ce que la loi de finances 2026 a réellement changé

La fin de la déductibilité après 70 ans : une rupture majeure

Jusqu’au 31 décembre 2025, un épargnant de 72 ans pouvait encore verser sur son PER et déduire ces sommes de son revenu imposable. C’est terminé. Depuis le 1er janvier 2026, tout versement volontaire effectué sur un PER à partir du 70e anniversaire ne génère plus aucune déduction fiscale.

Les versements eux-mêmes restent autorisés après 70 ans — le PER peut continuer d’être alimenté — mais ils sont traités comme des versements non déduits, avec la fiscalité de sortie correspondante. Cette mesure, introduite par la loi de finances promulguée le 19 février 2026, recentre explicitement l’avantage fiscal du PER sur la phase active de préparation de la retraite.

Point de vigilance : si vous détenez encore un PERP ou un contrat Madelin non transféré, les règles peuvent différer. La loi de finances 2026 a modifié l’article 163 quatervicies du CGI, qui vise explicitement le PER. Faites le point sur vos contrats avec votre conseiller.

L’extension du report à 5 ans : la mesure clé pour les actifs

En contrepartie — et c’est là que se loge l’opportunité — la même loi de finances porte de 3 à 5 ans la durée de report des plafonds de déduction non utilisés. Concrètement, si vous n’avez pas saturé votre plafond annuel au cours des années passées, vous pouvez désormais mobiliser les reliquats accumulés sur cinq années consécutives pour les concentrer sur une seule année de versement.

Ajoutez le plafond de l’année en cours : vous disposez en réalité d’une capacité de déduction représentant jusqu’à 6 années de plafonds cumulés sur un seul exercice fiscal.


Les plafonds 2026 : les chiffres à retenir

Le PASS 2026 est fixé à 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025). Les plafonds de déduction annuels sont les suivants :

Pour un salarié (art. 163 quatervicies CGI) :

  • Calcul sur 10 % des revenus professionnels N-1, plafonné sur le PASS N-1 (PASS 2025 = 47 100 €)
  • Plancher : 4 710 €
  • Maximum : 37 680 € (soit 8 × 47 100 € × 10 %)

Pour un TNS ou une profession libérale (art. 154 bis CGI) :

  • 10 % du bénéfice + majoration de 15 % sur la fraction du bénéfice entre 1 et 8 PASS, calculés sur le PASS de l’année en cours (PASS 2026 = 48 060 €)
  • Plancher : 4 806 €
  • Maximum : 88 911 €

Ces deux régimes fonctionnent différemment : pour le salarié, on regarde les revenus et le PASS de l’année N-1 ; pour le TNS, on regarde le bénéfice et le PASS de l’année N elle-même. Ne les confondez pas lors de vos calculs.


Pourquoi la fenêtre 60-69 ans est désormais stratégique

Avant 2026, un épargnant qui n’avait pas optimisé ses versements PER en cours de carrière bénéficiait de 3 années de plafonds reportables. Cela représentait, pour un cadre salarié au plafond maximum, jusqu’à 4 × 37 680 € = 150 720 € de capacité de déduction mobilisable en une année (plafond N + 3 reports).

Depuis 2026, ce même cadre peut cumuler 6 × 37 680 € = 226 080 € de capacité théorique maximale. Bien entendu, ce plafond ne vaut que si les années de référence n’ont pas été consommées — ce qui est fréquent chez les profils à revenus variables (bonus, dividendes, cessions) ou chez ceux qui ont découvert le PER tardivement.

Trois profils qui bénéficient immédiatement de cette nouvelle règle

Profil 1 — Le cadre dirigeant de 63 ans, TMI 41 % Il perçoit 120 000 € de revenus annuels. Son plafond salarié annuel s’élève à 37 680 €. Il n’a versé qu’un total de 10 000 € sur ses PER au cours des cinq dernières années. Il dispose donc d’environ 5 × 37 680 € − 10 000 € ≈ 178 400 € de plafonds reportables (sous réserve de vérification sur son avis d’imposition) + son plafond 2026 de 37 680 €. En réalisant un versement de rattrapage en 2026, à raison de sa TMI de 41 %, chaque tranche de 10 000 € versée génère 4 100 € d’économie d’impôt.

Profil 2 — La médecin libérale de 66 ans, bénéfice 150 000 € Son plafond TNS 2026 est calculé sur son bénéfice et le PASS 2026 (48 060 €). Le calcul donne : 10 % × 150 000 € + 15 % × (150 000 € − 48 060 €) = 15 000 € + 15 % × 101 940 € = 15 000 € + 15 291 € = 30 291 € pour l’année en cours. Si ses 5 années de plafonds précédentes sont peu consommées, son espace de rattrapage total peut dépasser 100 000 €, avec une économie potentielle à TMI 41 % de plus de 40 000 € sur un seul exercice. Il lui reste moins de 4 ans avant le seuil des 70 ans : chaque année qui passe sans optimisation réduit d’autant la fenêtre exploitable.

Profil 3 — Le dirigeant de SAS de 58 ans, statut assimilé salarié Son plafond salarié 2026 est de 37 680 €. Sa situation est différente : il a du temps devant lui (12 ans avant 70 ans), mais son horizon est aussi une opportunité pour accumuler des plafonds non consommés à dessein et les mobiliser lors d’une année de revenus exceptionnels — cession de titres, gros bonus, dividendes exceptionnels. Avec le report à 5 ans, il peut désormais planifier un ou deux versements massifs au cours de sa décennie 60-70 ans.


La mutualisation entre conjoints : un levier complémentaire

Si vous êtes marié ou pacsé, votre foyer fiscal peut également mutualiser les plafonds non utilisés de votre conjoint. Le plafond inutilisé de l’un peut être utilisé par l’autre pour augmenter la déduction du foyer. Cette règle, qui existait avant 2026, prend une dimension nouvelle avec le report étendu à 5 ans : les plafonds accumulés par le conjoint dont l’activité est réduite (temps partiel, préretraite progressive) peuvent ainsi être mobilisés au bénéfice du conjoint encore en pleine activité et à TMI élevée.

Où trouver vos plafonds ? Ils figurent sur votre dernier avis d’imposition, rubrique « Plafond épargne retraite ». Ils sont calculés et mis à jour automatiquement par l’administration fiscale. En cas de doute, votre conseiller Entasis peut effectuer une lecture détaillée de votre avis pour dégager votre capacité de versement réelle.


Fiscalité de sortie : ce que l’extension du report ne change pas

L’attractivité du versement (la déduction à l’entrée) est renforcée par la nouvelle règle. En revanche, la fiscalité à la sortie reste identique :

  • Sortie en capital (versements déduits) : le capital issu des versements est imposé au barème de l’IR comme une pension de retraite, après abattement de 10 % plafonné à 4 439 € par foyer (revenus 2025 / IR 2026). Les plus-values sont soumises au PFU de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30/12/2025).
  • Sortie en rente : la rente viagère à titre onéreux est partiellement imposée à l’IR selon l’âge au premier versement (fraction imposable de 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans).

L’un des arbitrages importants à conduire avec votre conseiller est donc de mesurer l’écart entre le gain fiscal obtenu à l’entrée (à TMI élevée, souvent 41 % ou 45 %) et le coût fiscal à la sortie (à une TMI potentiellement plus basse une fois à la retraite). C’est cet écart de taux — le « différentiel de TMI » — qui détermine le gain net réel du versement PER.


Ce que change le plafond de l’abattement sur les pensions

Un point souvent négligé : à la sortie en capital ou en rente, l’abattement de 10 % sur les revenus de remplacement est plafonné à 4 439 € pour l’imposition des revenus 2025 (déclaration 2026). Pour un retraité qui perçoit également des rentes de plusieurs PER et des pensions de régimes obligatoires, ce plafond peut être rapidement atteint. L’optimisation de la sortie — mode de sortie, étalement des rachats, mix capital/rente — fait partie intégrante d’une stratégie PER bien conduite.


Les cas de déblocage anticipé : un filet de sécurité

Le PER n’est pas un compartiment hermétique. Même si les sommes sont bloquées jusqu’à la retraite, six cas de déblocage anticipé sont prévus par l’article L. 224-4 du Code monétaire et financier :

  1. Acquisition de la résidence principale
  2. Invalidité (2e ou 3e catégorie)
  3. Décès du conjoint ou du partenaire de PACS
  4. Surendettement
  5. Expiration des droits à l’assurance chômage
  6. Liquidation judiciaire de l’entreprise

Ce filet de sécurité — notamment la possibilité de débloquer pour l’achat de la résidence principale — est souvent un facteur décisif pour des profils encore en phase d’acquisition immobilière, qui hésitaient à immobiliser leur épargne dans un PER. Avec le report à 5 ans, accumuler des plafonds sans verser immédiatement, puis déclencher un versement massif au bon moment (année de forte TMI), devient une stratégie pleinement viable.


Notre lecture

La loi de finances 2026 n’a pas fait que compliquer le PER en supprimant la déduction après 70 ans : elle a simultanément offert un outil de rattrapage puissant à tous ceux qui n’avaient pas encore pleinement optimisé leur épargne retraite. Le report à 5 ans transforme le PER en un instrument de lissage fiscal sur le long terme, particulièrement adapté aux profils à revenus variables — bonus, dividendes, honoraires fluctuants — qui caractérisent notre clientèle.

L’urgence n’est pas la même pour tous : un dirigeant de 58 ans a encore du temps pour planifier, quand une médecin libérale de 66 ans doit agir dans les trois à quatre prochaines années. Dans tous les cas, l’exercice de quantification des plafonds disponibles — souvent sous-estimés — est le premier pas indispensable.

Entasis Conseil réalise cet audit de plafonds pour chaque client détenteur d’un PER, et vous accompagne dans la construction d’un plan de versements pluriannuel cohérent avec votre trajectoire fiscale et votre projection de retraite.

Prochaine étape : Utilisez notre simulateur PER pour estimer votre capacité de déduction et le gain fiscal associé, ou prenez directement rendez-vous avec un conseiller Entasis pour un audit personnalisé de vos plafonds.

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Tout investissement comporte des risques, dont le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est de nature informative et pédagogique ; il ne constitue pas un conseil personnalisé. Nous vous invitons à consulter un conseiller avant toute décision d’investissement.

Auteur

Louis Hatton

Associé gérant d'Entasis Conseil, spécialiste de la fiscalité des libéraux et indépendants : PER, arbitrages de rémunération, stratégie fiscale BNC.

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