PER & Retraite

PER 2026 : trois réformes fiscales qui changent vos arbitrages

« Je peux encore verser sur mon PER après 70 ans ? »

C’est l’une des questions qui revient le plus souvent en rendez-vous depuis le début de l’année 2026. La réponse est courte : oui, techniquement. Mais l’avantage fiscal à l’entrée a disparu. Et ce n’est pas la seule nouveauté : la loi de finances pour 2026 (LF 2026, loi n° 2026-103 du 19 février 2026) et la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) ont conjointement redessiné les contours du Plan d’Épargne Retraite sur trois points structurants.

Pour les épargnants à fort enjeu fiscal — cadres dirigeants, travailleurs non salariés (TNS), professions libérales —, ces trois réformes modifient les arbitrages à conduire avant la fin de l’année 2026. Décryptage.


Les trois réformes à connaître

1. Fin de la déductibilité des versements PER après 70 ans

C’est la mesure la plus médiatisée. Depuis le 1er janvier 2026, tout versement volontaire effectué sur un PER par un souscripteur ayant atteint l’âge de 70 ans perd sa déductibilité du revenu imposable. Les versements effectués jusqu’au 31 décembre 2025 — quel que soit l’âge du titulaire — restent intégralement déductibles et soumis à la fiscalité de droit commun à la sortie.

Pourquoi cette mesure ? Le législateur a souhaité recentrer le PER sur sa fonction première : la préparation d’un complément de revenu à la retraite, et non l’optimisation fiscale en phase de décumulation ou la transmission patrimoniale. Les souscripteurs de 70 ans ou plus qui souhaitent tout de même alimenter leur plan peuvent encore le faire, mais dans les conditions des versements non déductibles — avec une fiscalité de sortie en miroir, plus douce.

Ce que cela change concrètement pour la sortie : lorsque les versements n’ont pas été déduits à l’entrée, la fiscalité appliquée à la sortie est allégée. En cas de sortie en capital, seuls les gains (et non le capital versé) sont soumis au PFU de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS). En cas de sortie en rente, le régime des rentes viagères à titre onéreux (RVTO) s’applique : seule une fraction de la rente est imposable — 30 % seulement pour les premiers versements effectués à partir de 70 ans —, le reste étant exonéré.

À retenir : un souscripteur ayant fêté ses 70 ans en 2026 a tout intérêt à procéder à ses derniers versements déductibles avant son anniversaire, si ce n’est pas encore fait.


2. Extension du report des plafonds non utilisés : de 3 à 5 ans

C’est la contrepartie positive de la réforme, souvent occultée par les commentateurs. L’article 9 de la LF 2026 a porté de 3 à 5 ans la durée pendant laquelle un contribuable peut utiliser les plafonds de déduction PER non consommés au titre des années antérieures.

Attention au régime transitoire : cette mesure n’est pas rétroactive. Elle ne concerne que les plafonds nés à compter du 1er janvier 2026. Les reliquats des années 2023, 2024 et 2025 restent reportables sur 3 ans au maximum (soit jusqu’en 2026 pour 2023, 2027 pour 2024, 2028 pour 2025). Les plafonds 2026 non consommés pourront, eux, être utilisés jusqu’en 2031.

Rappel des plafonds de versement applicables en 2026 :

Attention, deux règles d’année coexistent : le plafond des salariés se calcule sur le PASS 2025 (47 100 €, règle N-1), celui des TNS sur le PASS 2026 (48 060 €, année en cours) :

ProfilPlafond de déduction 2026 (base PASS 2026 = 48 060 €)
Salarié / assimilé salarié10 % des revenus N-1, min. 4 710 €, max. 37 680 €
TNS / profession libérale (art. 154 bis CGI)10 % du bénéfice + 15 % fraction entre 1 et 8 PASS, max. 88 911 €
Sans revenus professionnelsPlancher de 4 710 €

Qui bénéficie le plus de l’extension à 5 ans ? Trois profils ressortent :

  • Les épargnants en début de carrière qui n’ont pas pu saturer leurs plafonds faute de revenus suffisants ;
  • Les indépendants dont le bénéfice est volatil d’une année sur l’autre ;
  • Les seniors en phase de transition (cessation d’activité progressive, vente de fonds libéral, cession d’entreprise) qui disposent soudainement d’une capacité de versement élevée.

Exemple : un médecin libéral qui n’a versé que 10 000 € par an sur son PER en 2024 et 2025, sur un plafond théorique de 35 000 € chacune de ces années, dispose désormais d’un « stock » de 50 000 € de plafonds reportables (2024 : 25 000 € non consommés, 2025 : 25 000 € non consommés), mobilisables jusqu’en 2027 pour 2024 et jusqu’en 2028 pour 2025. Un gisement fiscal à ne pas laisser dormir.

Pour aller plus loin sur les calculs propres aux indépendants, consultez notre page PER pour les professions libérales et notre page dédiée aux TNS.


3. Hausse des prélèvements sociaux à 18,6 % sur les gains du PER

La LFSS 2026 a relevé la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, soit +1,4 point. Résultat : les prélèvements sociaux appliqués aux gains du PER passent de 17,2 % à 18,6 %, et le PFU global sur le PER atteint désormais 31,4 % (12,8 % d’IR + 18,6 % de PS).

L’assurance vie est épargnée. Les prélèvements sociaux sur l’assurance vie sont maintenus à 17,2 % (PFU à 30 % avant 8 ans de détention). L’écart entre les deux enveloppes s’est donc creusé de 1,4 point. Sur des gains importants, la différence n’est pas négligeable : sur 200 000 € de plus-values à la sortie, cette asymétrie représente 2 800 € d’imposition supplémentaire pour le PER par rapport à l’assurance vie.

Ce que cela ne change pas : l’avantage fiscal à l’entrée du PER — la déductibilité des versements du revenu imposable — reste la clé de voûte du produit. Pour un contribuable imposé à 41 % ou 45 %, la déduction annule largement le différentiel de PS à la sortie. Le raisonnement s’inverse pour les tranches basses (0 % ou 11 % de TMI) : dans ce cas, ne pas déduire à l’entrée et bénéficier d’une sortie en capital allégée peut être plus pertinent.


Ce que cela implique pour votre stratégie patrimoniale

Pour les actifs imposés entre 30 % et 45 % de TMI

Le PER reste un outil de premier rang. La mécanique est inchangée : plus le différentiel entre la TMI à l’entrée et la TMI à la sortie est élevé, plus le gain fiscal est substantiel. Un cadre supérieur versant 10 000 € avec une TMI à 41 % économise 4 100 € d’impôt dans l’année. Si sa retraite le fait basculer en tranche à 30 %, la sortie en capital ne sera taxée que sur les gains, au PFU de 31,4 %.

La hausse des PS de 1,4 point est réelle, mais elle ne remet pas en cause l’équilibre du PER pour cette clientèle. L’enjeu est de saturer les plafonds avant d’atteindre 70 ans, en utilisant si possible les reports des années précédentes.

Pour les TNS et professions libérales

Le PER TNS conserve son avantage structurel : un plafond de déduction pouvant atteindre 88 911 € en 2026 (base PASS 2026 = 48 060 €, pour un bénéfice dépassant 8 PASS). Un gérant de SARL ou un médecin libéral dégageant 150 000 € de BNC peut déduire jusqu’à environ 30 291 € (10 % × 150 000 € + 15 % × [150 000 € − 48 060 €]). À une TMI de 45 %, l’économie fiscale immédiate approche 13 600 €.

L’extension à 5 ans du report des plafonds offre en outre une souplesse de trésorerie inédite : les années de creux (lancement d’activité, baisse conjoncturelle, congé parental) ne sont plus définitivement perdues. Un gisement à auditer chaque année avec son conseiller.

Pour simuler votre plafond exact et l’économie associée, utilisez notre simulateur PER.

Pour les épargnants proches de 70 ans

L’urgence est de cartographier les versements déductibles restant à effectuer avant le cap des 70 ans. La règle est désormais stricte : le jour du versement fait foi. Toute somme versée le jour du 70e anniversaire ou après ne bénéficie plus de la déductibilité.

Il convient également de revisiter la complémentarité PER / assurance vie dans les portefeuilles. L’assurance vie, dont les PS restent à 17,2 % et dont les abattements après 8 ans (4 600 € pour un célibataire, 9 200 € pour un couple) sont préservés, reprend du galon comme enveloppe de capitalisation post-70 ans. Les deux enveloppes ne s’opposent pas : elles se complètent selon le profil fiscal, l’horizon et les objectifs de transmission. Retrouvez notre analyse sur la page assurance vie.


Notre lecture

La triple réforme de 2026 ne sonne pas le glas du PER — elle en précise le périmètre. Ceux qui l’utilisaient comme outil de transmission ou d’optimisation tardive devront adapter leur approche. Ceux qui l’utilisent pour ce qu’il est — un dispositif de constitution d’une épargne retraite déductible pendant la phase active — y trouvent encore un avantage fiscal puissant, renforcé par l’extension du report à 5 ans.

Trois actions concrètes à envisager avant le 31 décembre 2026 :

  1. Auditer vos plafonds reportables (2022 à 2025) sur votre avis d’imposition, rubrique « Plafond épargne retraite ».
  2. Vérifier votre date d’anniversaire : si vous approchez de 70 ans, un versement avant cette date peut générer plusieurs milliers d’euros d’économie d’impôt.
  3. Revisiter la répartition PER / assurance vie à l’aune du différentiel de 1,4 point de PS et de vos objectifs de transmission.

Ces arbitrages sont structurants et méritent une analyse au cas par cas. Nos conseillers vous accompagnent dans une revue complète de votre stratégie fiscale et de votre gestion de patrimoine.

Prendre rendez-vous → | Simuler votre économie d’impôt →


Les informations contenues dans cet article ont un caractère purement informatif et pédagogique. Elles ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé au sens de la réglementation AMF. Tout investissement comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Nous vous invitons à consulter un conseiller avant toute décision.

Auteur

Louis Hatton

Associé gérant d'Entasis Conseil, spécialiste de la fiscalité des libéraux et indépendants : PER, arbitrages de rémunération, stratégie fiscale BNC.

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